Michèle Boegner

La première parution, dans ce nouveau siècle, d’une nouvelle version de l’Intégrale des Sonates de Mozart pour piano par Michèle Boegner appelle un éclairage sur ce site. Elle dit à ce propos :

« Les quelques collègues qui s’y sont attaqués au 20e siècle l’ont plutôt fait jeunes. Aucune version n’a été réalisée comme le fruit d’une longue carrière où Mozart a joué un rôle essentiel.

Mon projet d’enregistrer ces 18 Sonates (et la Fantaisie en do mineur K. 475) trouve son origine dans plusieurs tournées internationales dans le cadre du 250e anniversaire de la naissance de Mozart (2006). J’y jouais l’Intégrale pendant un seul samedi ou dimanche ou encore pendant deux longues soirées en semaine. L’intensité de l’écoute croissante du public lors de ces concerts marathon m’a conduite à me pencher autrement sur le génie créateur de Mozart.

Je m’interrogeais sur l’éblouissante précocité du jeune Wolfgang dans sa relation avec la non moins grande maturité de l’adolescent ainsi qu’avec l’envol final à Vienne à l’âge de 25 – 35 ans. Mozart, éternel enfant, joueur et chanteur mais maestro de toutes les cordes du sentiment humain.

Après un détour en 2007 par les œuvres d’autres compositeurs, j’ai repris l’Intégrale. Ce fut par pur plaisir d’essayer d’aller plus loin que je n’avais été auparavant, et pour me rapprocher le plus près possible d’un idéal que je m’étais formé.

Voici le résultat de ces recherches : le regard en arrière d’une « mozartienne ».

C’est à l’âge de huit ans que, du haut de ma première estrade, j’ai découvert, avec Mozart, la joie de communiquer avec un auditoire. C’était grâce à sa Fantaisie en ré mineur K. 397. Muée en vocation pour une vie, cette révélation m’a placée devant la quête de la vérité mozartienne.

Plus tard, après deux concertos de Mozart joués sous la direction de Karl Ristenpart, ce dernier avait dit publiquement: « je ne savais pas que Clara Haskil avait eu une fille »! 

Comment exprimer ce qu’on ressent par et autour de Mozart ?

Le spécialiste H.C. Robbins Landon a trouvé des mots justes: « Mozart est partout. Il domine tout. Parce que Mozart, c’est l’émotion, l’intelligence, le bonheur, la tristesse de la condition humaine ».

En tant que mère de quatre enfants, je n’ai jamais cessé de faire le lien, dans la musique de Mozart, entre l’enfant prodige qu’il était et le compositeur accompli qu’il est si rapidement devenu.

Au-delà des mots de Robbins Landon, je souhaite insister sur la fraîcheur et l’insouciance de l’enfance que Mozart a miraculeusement conservées sa vie durant, pour les mettre à tout moment au service de sa science de la composition.